L’économie française est encore loin de la reprise

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Les notions de PIB et de croissance économique sont liées mais différentes. En effet, la « croissance économique » renvoie à l’évolution du Produit Intérieur Brut (PIB) d’un pays. Le « PIB » représente la richesse d’un pays, c’est-à-dire qu’il évalue la valeur des biens et des services produits au niveau d’un pays. Ainsi, la « croissance du PIB » indique l’évolution de l’accumulation de richesses au sein d’une économie, il évalue donc la création de richesses pendant une période donnée (généralement annuelle ou trimestrielle). Par conséquent, le PIB (ou son évolution, c’est-à-dire la croissance économique) est représentatif de l’activité économique et il constitue une grandeur synthétique permettant d’apprécier les résultats de l’activité économique d’un pays à travers la production.

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Le bon résultat du dernier trimestre 2013 valide les prévisions du gouvernement pour 2014. Une fois n’est pas coutume et cela est suffisamment rare pour être souligné ; dont acte. En effet, il convient d’observer qu’avec un « acquis de croissance » de +0,3% l’objectif du gouvernement d’atteindre un taux de croissance de +0,9% en 2014 paraît parfaitement plausible. En d’autres termes, si l’activité économique reste au premier trimestre 2014 au même niveau enregistré au quatrième trimestre 2013 (acquis de croissance), il suffit que la croissance du PIB atteigne ensuite +0,2% seulement par trimestre pour que la richesse nationale produite au cours de 2014 atteigne +0,9%.

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L’analyse de l’évolution des composantes souligne une situation plus contrastée qu’il n’y paraît. En effet, si le chiffre global de +0,3% de croissance en 2013T3 est de bon augure pour 2014, permettant ainsi au pays de débuter l’année sur un bon acquis de croissance, le détail des composantes de ce chiffre global est moins encourageant

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Malgré une amélioration, il n’est pas possible de parler de reprise, ni même de rebond. En effet, +0,3% de croissance au troisième trimestre 2013 (c’est-à-dire +1,2% en rythme annuel) renvoie au rythme moyen de croissance que la France peut envisager si tout va bien (croissance potentielle).

Or, avec ce surplus de croissance, la France revient fin 2013 tout juste au niveau de production que le pays avait fin 2007/début 2008. Dès lors, si la crise est « effacée » en termes absolus, la France produit aujourd’hui autant qu’il y a 6 ans alors qu’entre-temps la population française est plus nombreuse (+700’000 habitants) et plus productive.

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Par conséquent, la richesse par habitant est inférieure de -2,5% qu’elle ne l’était avant crise et le niveau absolu de production devrait être beaucoup plus élevé. En d’autres termes, la France n’a pas besoin d’autant de personnes aujourd’hui pour produire autant qu’il y a 6 ans, ce qui explique le niveau élevé du chômage. Le pays n’a pas réussi à mettre en place des mesures aptes à stimuler suffisamment sa croissance économique pour réellement effacer les effets de la crise économique. Dans ces conditions, parler de reprise est pour le moins maladroit, voire fallacieux; il est tout au plus possible de parler de rattrapage d’une situation antérieure.

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Néanmoins, il sera possible de parler de fin de crise lorsque la France aura retrouvé le niveau de chômage qui prévalait fin 2007 (c’est-à-dire 7% de la population active), alors qu’actuellement ce niveau est 4 points au-dessus à 11% de la population active. Notons enfin, que contrairement aux récessions passées (ex : 1974 avec le choc pétrolier ou en 1992 avec la crise du système monétaire européen) il avait fallu environ 6 trimestres pour revenir au niveau de PIB d’avant crise, alors qu’il aura fallu cette fois à la France 24 trimestres, ce qui souligne avec acuité la profondeur des difficultés auxquelles est confronté le pays.

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L’inversion de la courbe du chômage pour 2014 semble d’ores et déjà très improbable. Les prévisions économiques sont toujours difficiles à effectuer mais en l’espèce, et comme c’était déjà le cas en 2013 avec la promesse gouvernementale, aucun élément n’est susceptible d’émerger pour accréditer la thèse d’une diminution du chômage en 2014.

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Compte tenu de la structure démographique et de la productivité de la France, seul un taux de croissance de +1,5% par an au minimum peut permettre de stabiliser le chômage (et au-dessus pour le faire diminuer).

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La comparaison avec l’Allemagne est très éclairante. En effet, alors que l’Allemagne connaît en 2013T4 un taux de croissance comparable à celui de la France avec +0,4%, le pays bénéficie d’un taux de chômage beaucoup plus faible (deux fois moins élevé).

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Dans ce cadre, l’Allemagne produit 2,5 points de plus de PIB en 2013 qu’en 2007, c’est-à-dire que ce pays produit plus avec une population qui décroît, alors que la France produit autant en 2013 qu’en 2007 avec une population plus nombreuse.

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En outre, au niveau du PIB par tête (c’est-à-dire la richesse par habitant), en 2013 ce dernier est inférieur de 2 points de PIB à celui de 2007 en France, quand les allemands sont 5% plus riches qu’en 2007.

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En outre, les prévisions pour 2014 sont positives mais soulignent un déséquilibre intenable. En effet, avec une croissance prévue de +0,9% en 2014, cela signifie que la France va s’enrichir d’environ +18 milliards d’euros au cours de l’année. Or, en parallèle, la France va « financer » cette croissance via un déficit d’environ 4% du PIB, soit près de 80 milliards d’euros de dette publique supplémentaire. En d’autres termes, au cours de l’année 2014, la France va créer 18 milliards d’euros supplémentaires en s’endettant de 80 milliards d’euros.

Source : La Tribune